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In-Quarto...Graffiti, Urbex, Street Art, Photo Photographies d'explorations urbaines, de graffiti, de street art - Regards et humeurs sur ce que je vois ici et ailleurs.

Le Versailles vosgien

Chrixcel
L'entrée...

L'entrée...

Me voici arrivée à Saulxures-sur-Moselotte, petite commune de près de 2730 habitants située dans le département des Vosges. Ma cible n’est pas bien difficile à localiser : le château abandonné depuis les années 70 et surnommé « Versailles vosgien » se trouve dans une voie principale au bord d’un ru d’où s’échappent moult limaces, de la couleur rouille de la grille tout en pointes qui ceint ce qui reste de l’édifice. Conçu selon le style Louis XV par l’architecte Charles Perron, il fut construit sous le Second Empire de 1854 à 1861, à la demande de la veuve du riche industriel Jean-Thiébaut Géhin. Ce dernier avait fait fortune dans le textile, activité florissante dans la région à cette époque.

Le Versailles vosgien

J’aperçois au loin le fameux château qui n’est plus qu’une ruine effilochée… En effet le tissu végétal qui le maintient encore en vie semble se composer de branches et de racines qui ont poussé tout autour, et cousu des noeuds de ronces qui l’enfouissent complètement. Un trou dans la grille me permet de passer dans ce jardin désordonné. C’est au prix d’un pénible slalom d’un bon quart d’heure passé à en découdre avec les ronces, à écraser les orties et repousser les arbustes, et quelques égratignures en prime, que je parviens à atteindre ce qui reste de l’entrée.

A ma droite, je distingue les restes d’une dépendance, laquelle était reliée autrefois au bâtiment principal par une verrière. Les visages sculptés dans la pierre aux expressions prémonitoires paraissent pleurer la mort lente de ce joyau d’architecture. A travers les volets rouillés, on voit que tout s’est effondré à l’intérieur, emplissant la bâtisse et la rendant impossible d’accès.

Le Versailles vosgien
Le Versailles vosgien

C’est à l’arrière que je tombe nez à nez avec la pièce maîtresse du château : le perron, soutenu par quatre formidables cariatides immortalisant les saisons, œuvres du sculpteur Georges Clère dont les prototypes en plâtre sont conservés au Louvre. Plus grandes que nature, les téméraires silhouettes de pierre, telles des Atlas défiant les vicissitudes du temps qui passe et les intempéries, ne semblent pas avoir pris de rides !

Les deux femelles cariatides symbolisant l'été et l'automne, sein découvert et main sur la hanche...

Les deux femelles cariatides symbolisant l'été et l'automne, sein découvert et main sur la hanche...

Je reste une heure au moins à admirer et photographier ces chefs-d’œuvre, tout en délestant de quelques branches l’écrin de verdure qui les étouffe chaque jour un peu plus en recouvrant leurs visages. Le soleil, rare en cette journée grise et nuageuse, perce enfin à point nommé, baignant les quatre créatures qui me toisent dans une douce lumière. Leurs regards se font plus perçants à mesure que les rayons les caressent : dans un ordre parfait, l’éphèbe printanier ceinturé de roses me sourit subtilement, la moissonneuse estivale couvre sa poitrine fière, geste que reprend la vendangeuse automnale sous sa corne d’abondance, tandis que le vieil hiver darde un regard oblique et fuyant vers des perspectives plus rudes.

L'Ephèbe-Printemps

L'Ephèbe-Printemps

Imprégnée de beauté, il me faut pourtant m'esquiver après le départ du soleil. Je reprends donc à regret le chemin épineux du retour, attentive à ne pas me faire repérer par les promeneurs, une carte numérique emplie de clichés qui me consoleront un peu de l’agonie de ce merveilleux château - inscrit à l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques depuis 1984. Je n'ai pu hélas visiter les dépendances nord et sud, trop envahies par la végétation.

Le Versailles vosgien

Passées les grilles (réalisées par Desforges, Brochon et les frères Festugières), je me retrouve hors de la propriété avec le sentiment d’avoir vécu un moment extraordinaire, et forcée d’admettre une fois de plus que si la main de l’homme est capable de créer tant de grâce, elle peut tout autant la détruire ou la laisser péricliter. Sous la menace d'une démolition et d'un démantèlement des sculptures restantes, des défenseurs du patrimoine ont lancé en 2009 une pétition (clic) pour sauver le château, mais cette dernière reste depuis sans effet. A suivre...

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