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In-Quarto...Graffiti, Urbex, Street Art, Photo Photographies d'explorations urbaines, de graffiti, de street art - Regards et humeurs sur ce que je vois ici et ailleurs.

DES HAUTS FAITS D'HORPHEE

Chrixcel

horfee_0451.jpg

 

Aaaaah qu’elle aurait été bien cette photo avec ce petit gars au T-shirt tigré qui passe à point nommé sous mon nez, comme un rappel du zèbre de Moskos & Associés…Sauf qu’une fois de plus, Horphée a jugé bon de flopper l’animal sans même prendre la peine de le recouvrir en entier, mutilant ainsi le travail d’un duo de pochoiristes parisiens qui posent dans la rue depuis plus de 15 ans, sans doute avant même que le graffeur ait eu sa première poussée d’acné. 


Certains vont s’insurger contre les cris d’orfraie versus l’écrit d’Horfée que je clame contre le prolifique tapeur de toits, à la fois célèbre et détesté pour ses actions vandales certes haut placées mais bien trop souvent hélas…déplacées. Ce n’est pas la première fois que je m’interroge (non sans un certain agacement) sur cette tendance de certains vandales à vouloir salir ce (en plus de ceux) qu’ils n’aiment pas, considérant sans doute que leur place est plus légitime que ceux qu’ils repassent sans essayer tout du moins de faire « mieux ». Je prends le cas d’Horphée parce qu’il est le plus connu, mais cela peut englober les actions de bien d’autres.


Comme beaucoup je suppose, j’admire le travail, le style et l’audace du bonhomme. Mais des comportements observés depuis un moment déjà m’ont tout simplement donné envie de le boycotter, ce qui fait que je ne poste plus de photos signées de lui sur ma page Flickr. Une goutte d’eau dans l’océan, puisque des tas de photographes continueront de l’encenser et de faire sa pub en diffusant sur le net des peintures qui seront regardées des centaines de fois en quelques heures et « favées » au moins autant que le plus pourri des pochoirs de Banksy. Une notoriété sans conteste méritée, mais certainement pas au regard des valeurs humaines que sont le respect du travail d’autrui, la notion de  partage du territoire et une sorte d’intuition sociale…OK, un vandale n’est pas censé être un philanthrope…mais je ne m’explique pas l’acte lâche qui consiste à ruiner sciemment des œuvres de rues, plus figuratives et moins spontanées, mais bien ancrées dans la vie des habitants et passants de la rue Philippe de Girard depuis des années. C’est presque une insulte aux gens du quartier (dont je suis) qui apprécient le « Moskos-zoo », et une sur-affirmation de l’égo assez dérangeante lorsqu’on pense que ce même Horphée, qui s’amuse à défigurer le street art sur lequel il semble cracher, se retrouve à des manifestations organisées par des institutionnels et expose en galerie.


Graffer, tagger et vendre en galerie ne sont pas incompatibles bien sûr, à condition selon moi de l'assumer en toute cohérence. S’il est vraisemblable que la différence entre street art et graffiti est de moins en moins évidente dans le contexte actuel ayant trait aux arts urbains, elle perdure dans la rue manifestement sous la forme d’une guerre des boutons ; où les graffeurs s’insurgent contre les artistes qui collent leurs affiches sur des tags…et où les taggeurs s’affichent au beau milieu de pochoirs, collages et autres œuvres estampillées « street art ». Une histoire sans fin, qui vaut aussi pour la distinction entre ce que j’appellerais les « fresqueurs-sketcheurs » et les « graffiteurs-taggeurs », les premiers passant parfois plusieurs jours sur un mur quand les seconds préconisent une forme de graffiti plus spontanée (les deux d’ailleurs pouvant parfois être les mêmes).


De l’une ou l’autre école, dans l’absolu aucune n’est plus dans la place ni n’a plus de mérite que l’autre, alors pourquoi tout ça ne pourrait pas coexister en bonne intelligence ? Chacun n’est-il pas libre d’exercer son art comme il l’entend, mais dans le respect le plus naturel du travail d’autrui ? Peut-on comparer une démarche vandale et une démarche en terrain et dans ce cas, quel est l’intérêt d’aller poser un chrome à l’arrache ou un tag sur une pièce aboutie ? Dans le même ordre d’idée, il est difficile de comprendre que ce même Horphée quelques mois auparavant croie bon de saccager le soir même avec sa clique une fresque immense ayant nécessité 2 jours de boulot sur le mur du dépôt RATP des Pyrénées à Paris...


panoA

Fresque floppée de Dey, Perle, Esper, Dja’louz, Caligr, Rash, Sly2, Twine, La Mouche, Neok, Trash,  Skio, Raphe, ATM, Skrypte, Sepan, Pesca, Resh, Smake, Monark, Gnome et Hakic (photo Brin d'Amour). 


Jalousie ? On a du mal à croire que celui dont la cote dépasse parfois ceux qu’il toye puisse envier qui que ce soit…Ridicule. Provocation, vengeance ? Au nom de quoi…sauf erreur il ne me semble pas qu’il y ait eu un passif justifiant une telle prise de position. Aveuglement ? Oui, peut-être que ce Horphée-là est tellement obnubilé par lui-même qu’il ne voit pas les autres et même s'en fout, imbu de son propre succcès, persuadé que sa notoriété lui donne tous les droits...C’est dommage, et c’est dans des cas comme celui-ci que je me demande dans quelle mesure la liberté d’expression a ses limites... 


Toute récente encore dans la sphère fermée du graffiti, je suis sans doute complètement à côté de la plaque, quand tant de ses pairs s’extasient sur ses exploits ! Peut-être devrais-je comme tous les mecs du milieu tirer mon chapeau à ce funambule parce qu’il fait un peu de varappe et que ses couleurs déchirent. Sauf que j’en connais plein d’autres qui cartonnent au moins autant et aussi bien que lui sans nuire à leurs semblables, et dont on n’entend jamais parler….C’est ceux-là que je salue.

*

Heureusement, il nous reste de belles images de cette session d'octobre 2010 sur le Allcity Blog avec la video de Gustav et les photos de Yoyolabellut. 

Commentaires

lait-fraise 30/06/2011 21:17


sans vouloir réveiller le débat ou quoi que ce soit, je me permets de poster ce lien...
parisf.tumblr.com/page/8


lait-fraise 03/06/2011 19:13


boycottons, boycottons!
pour ce qui est de repasser par dessus la fresque tout fraiche, généralement, ce genre de provocation fait suite a une embrouille (souvent obscure) entre les concernés, et je ne spéculerai pas
dessus. si il n'y a rien et qu'il s'agit juste d'imposer un style par dessus un autre, je trouve que la démarche manque de fair-play, et la désapprouve. mais préférant tout de meme le style
d'horphée a tous les autres artistes cités dans ce débat, je vais pas me plaindre non plus. d'ailleurs, en arrivant sur cette page, ma réaction spontanée a été "cool, une photo d'horphée que je
connaissais pas! et j'ai détaillé et analysé toute la pièce avant meme de remarquer qu'il y avait un mosko sur la droite. bref, je ne l'ai pas considérée comme si ratée que ça, cette photo...
il faut admettre que plus le graffiti se réinvente, plus de nouveaux styles apparaissent, et plus de désaccords se créent. d'autant que certains tentent de se faire un nom davantage a coup de
poings qu'a coups de spray... chacun son talent. et j'ignore pourquoi, il y a un nombre incalculable de gros cons dans le graffiti. heureusement qu'on peut parfois croiser des types cools qui ont
la tete froide et du style... ou de belles réflexions comme l'anonyme du haut de page. (qui, je le maintiens, a une philosophie qui me plait assez)


Chrixcel 03/06/2011 12:39


Oui oui on va dire ça, Horphé devrait s’acheter des lunettes infra-rouges… ;) non sans blague, j’ai pas cité les autres occurrences de ces repassages car je n’avais pas d’autres photos à l’appui,
mais celui que je décris là n’est pas un cas unique, j’en ai observé bien d’autres…Je n’en fais pas du tout un drame, j’explique juste pourquoi je ne publie plus de photos de son taff et j’en
profite pour aborder un sujet un peu sensible. Je t’accorde que si pour le Mosko ça ressemble à un débordement involontaire, pour la fresque j’en démordrai pas. Il y avait plein de place ailleurs,
des graffs déjà toyés ou des peintures qui étaient là depuis des semaines…pourquoi ne pas avoir peint ailleurs que sur une fresque toute fraîche ?

En ce qui concerne la valeur accordée à telle ou telle forme d’intervention urbaine, je ne m’y risquerai pas, car pour moi c’est une affaire de goût. Sur le clivage vandale /street art, il est
tellement évident qu’on ne peut comparer ces deux aspects que je n’ai même pas pensé qu’on pouvait y voir une polémique, en tout cas j’espère avoir dissipé tout malentendu. En attendant, je pense
que je vais me mettre à boycotter Lutte Ouvrière…ça fait 2 fois qu’il collent la même affiche sur le zèbre fraîchement retapé par Mosko ! La première avait été arrachée, le 2nde est toujours là ;-)


lait-fraise 02/06/2011 21:59


alors notre vrai désaccord porte sur un point précis: je vois que tu bases ton argumentation sur deux exemples donnés dans lesquels horphée a recouvert autrui. spontanément, je fais la différence
entre les deux: le premier est sur un mur autorisé (et tu as eu mon opinion sur ce genre de support) et le second est dans la rue, c'est a dire en "vandale". le fait que les murs légaux soient
recouverts tous les jours ne me choque pas du tout et je trouve qu'il s'agit la d'un processus normal et naturel. en revanche, le paysage "vandale" est plus figé, plus statique, on peut meme se
repérer par rapport a ces marques. je précise tout de meme que je n'approuve en aucun cas le fait qu'horphée ait recouvert le pochoir, je dis simplement qu'il n'y a vraiment pas a en faire un
drame. ayant touché au pochoir tout comme a la peinture directe, j'accorde beaucoup plus de valeur a une pièce, qui nécéssite surtout ici une créativité spontanée, sur place et dans l'instant, ce
qui rend l'exercice particulièrement périlleux (d'autant plus que le pochoir est tout de meme plus souvent vu comme de la décoration que le graff et socialement mieux accepté, donc un poil moins
risqué alors qu'il y a "dégradation") bref, dans ce cas je pense plus à une erreur involontaire, car lorsqu'on peint, on dirige son regard uniquement sur la peinture qui sort plutot que sur le
support, et cela crée souvent des "toys" accidentels entre graffeurs. je li accorde donc tout de même cela (bien qu'il aurait pu faire gaffe quand meme).
je réalise que cet article est assez polémique car on peut vite y voir un débat entre les vandales- graffeurs et les peintres légaux/street artistes, deux scènes souvent débattues... bref, il faut
faire attention a ne pas dévier.


Chrixcel 02/06/2011 15:19


Merci, Lait Fraise, pour ta prise de position. Je vais essayer de commenter point par point pour tenter de te faire comprendre mon point de vue.

Sur l’anonymat : je ne vois pas en quoi l’anonymat est le « propre » d’internet. Pour moi l’identité virtuelle favorise la superficialité des rapports humains et quand je m’exprime ouvertement sur
un sujet j’aime autant que ceux qui veulent en débattre assument leurs propos « à découvert » (même protégés par un écran), surtout si je les connais de visu. De plus, qu’y a-t-il à craindre à
laisser son blaze en bas d’un com ? En tout cas c’est pas ce que j’appelle « s’afficher ».

Sur « Horphée » : tu fais l’éloge de l’individu en tant qu’artiste et tu prêches une convaincue. A aucun moment je ne dénigre son travail graphique et j’admets même l’apprécier. Tu occultes, comme
ton prédécesseur d’ailleurs, la notion de nuisance qui est tout le fondement de mon texte. Ce n’est pas, pour reprendre une de tes expressions, parce que « tout le monde se branle » devant Horphée
qu’on doit dire Amen à tout ce qu’il fait.

Sur la distinction terrain autorisé/pas autorisé, inutile de revenir dessus, tu ne fais que reprendre ce que j’ai déjà dit dans mes coms.

Sur le « manichéisme » méchant vandale vs gentils fresqueurs / pas beau / joli, à mon tour de te dire que tu fais une équation un peu facile de ce que j’ai développé car je ne prétends nullement
faire un débat sur l’esthétisme sur l’une ou l’autre démarche ; croire que je puisse de façon arbitraire décréter ce qui est beau de ce qui ne l’est pas relève d’un pur fantasme de ta part…tu as
l’air de penser que je n’aime pas les tags ni les flops et que je ne jure que par les peintures léchées que tu assimiles à de la branlette ;-) on ne va pas discuter des goûts et des couleurs de
chacun, ce serait stérile. Comme dans tous les milieux c’est comme dans « Candy », il y a des méchants et des gentils », qu’ils exposent ou non en galerie…ce que fait Horphé d’ailleurs, ce qui ne
le rend pas plus sympathique à mes yeux…j’aime les tags, les flops, j’aime l’écriture sous toutes ses formes, mais pas n’importe où et n’importe comment. Là tu vas me dire que c’est justement la
nature du « vrai » graffiti d’être là où il veut être, et que c’est ça sa vraie liberté, mais je te répondrai par un cliché éculé qui pourtant résume tout pour moi : ma liberté s’arrête là où
commence celle des autres. Vouloir afficher sa liberté en recouvrant symboliquement celle de celui qui était là avant lui sans le respecter, juste pour prendre le dessus, je trouve ça minable. Peu
importe qui a posé avant, peu importe si sa peinture «plaisait à la ménagère de 50 ans »…ici je ne prends la défense ni des Moskos ni des HEC-HVA-2AC et consorts, je les ai pris comme exemples
parce que j’étais là mais ça aurait pu être n’importe qui d’autre ça aurait été pareil, ils sont là pour illustrer mon propos.

Sur mon « académisme » : ça me rassure de penser que je me soigne sur ce point, et que s’il est vrai que j’ai toujours été attirée depuis l’adolescence par l’art et le dessin figuratif, le
graffiti, et particulièrement le tag, m’a appris à m’ouvrir à d’autres formes d’expression, et je constate en tout cas que ma vision des choses a complètement changé depuis ces 4 années passées à
suivre des graffeurs, ces tags et flops que je ne voyais pas, que je ne comprenais pas, aujourd’hui je les observe avec attention, et j’en apprends tous les jours. Le graffiti est en mutation
constante, et toutes ses formes et aspects évoluent…même si pour beaucoup comme tu sembles le penser les fresques, collages, pochoirs ne sont que des « avatars » du graffiti. C’est une vision
réductrice.

C’est un peu un coup bas d’assimiler ma réaction au simple mécontentement de n’avoir pas pu faire une photo ou 2 ! Heureusement pour moi, je ne suis pas à une photo près quand même !!;-)
surprenante et décevante cette dernière remarque d’ailleurs sur les feux piétons (j’ai rien contre le mobilier urbain moi !=) ça gâche le reste de ta belle argumentation je trouve, tu aurais pu
éviter ce mauvais trait d’humour ;-)

Je ne suis pas non plus d’accord avec toi quand tu dis que le pochoir du fait de sa duplication en série est interchangeable partout…ben non justement, il prend tout son sens selon le contexte dans
lequel il apparaît, et cela en fait une pièce unique tout autant que celle d’Horphé !

Conclusion : je n’ai pas été très convaincue par ton laïus, qui regorge d’interprétations subjectives sur ma vision présupposée du graffiti. Le sujet de la nuisance à autrui, véritable pilier de
mon texte, ne s’arrête pas à la sphère du graffiti, car il parle d’humain et de respect. Après ça tu me diras qu’Horphé n’a voulu nuire à personne et que ce n’était pas délibéré, qu’il n’a pas fait
attention…ben on est plusieurs a avoir eu une hallucination sur le mur des Pyrénées alors…